Expertise avant appareillage( version PDF Télécharger le PDF )

En Suisse, le médecin effectuant l’expertise est l’ORL[i]. Il va examiner le patient et prescrire la prothèse auditive dans le cadre de l’expertise avant appareillage. Cette dernière a lieu après un examen de l’oreille et un bilan auditif qui permettra de définir si le patient remplit les conditions “économiques” pour l’octroi d’un appareil auditif remboursé forfaitairement par les assurances sociales, à savoir l’AI pour les personnes de moins de 65 ans et l’AVS pour les personnes plus âgées. Le seul but de cette expertise est de savoir si le malentendant peut recevoir ce montant forfaitaire pour l’achat de son appareil, rien d’autre. Depuis 2011, la dérèglementation voulue par l’OFAS est devenue très restrictive pour les médecins-experts ce qui poussent certains à sortir du système pour pouvoir travailler en toute liberté et sans contrainte économique en gardant le malentendant au centre de leurs préoccupations, notamment pour les surdités précoces. Cette nouvelle réglementation avait pour but de diminuer les prix des appareils auditifs, ce qu’elle n’a pas obtenu au contraire. De plus le métier d’audioprothésiste n’est même plus reconnu comme une profession de santé. In fine, le médecin a perdu sa mission première de médecin et l’appareil auditif qui est un dispositif médical lui échappe complètement! D’autres solutions commencent à se dessiner pour améliorer cette situation en associant dans une proximité de lieu, le médecin ORL et l’audioprothésiste, ce qui permet de fortement améliorer la prise en charge pluridisciplinaire du malentendant et corollairement de diminuer substantiellement les prix des aides auditives.

Les critères audiométriques sont calculés à l’aide d’une tabelle de conversion de la perte auditive sur les fréquences 500, 1000, 2000 et 4000 Hz. Le seuil de perte est converti en pourcentages et le total pour les quatre fréquences donne le chiffre moyen de la perte auditive. Ce calcul se fait pour chaque oreille. Pour obtenir le remboursement par les assurances sociales, il faut que la perte atteigne au moins 20% par oreille pour l’AI et 35% pour les deux oreilles pour l’AVS. Pour les enfants de moins de 18 ans d’autres critères plus complexes sont pris en compte et le remboursement n’est pas financé par un système forfaitaire. Il peut exister des cas spéciaux et des cas de rigueur qui sortent de ce protocole et qui sont discutés de cas en cas (pente de ski marquée, surdité profonde congénitale > 90% et asymétrie auditive nécessitant un système BICROS).

Remboursement fortaitaire: 840 CHF par oreille pour l’AI, au total 1650 CHF et 630 CHF au total pour l’AVS (le 75% pour une seule oreille). Ce forfait est directement versé au patient qui le reçoit au moment où il aura envoyer la facture de son fournisseur. Les frais de piles sont remboursés à raison de, respectivement, 40 et 80 CHF par année; l’assuré peut en présenter la facture une fois par année à l’office AI. Deux forfaits sont également fixés pour les frais de réparation. Ils ne sont remboursés que si la réparation est effectuée par le fabricant. Pour les dommages électroniques, le forfait est de 200 CHF; pour tous les autres dommages, il est de 130 CHF. Ce forfait est très bas par rapport au prix des aides auditives sur le marché.

A part ces critères audiométriques, cinq autres critères sont à prendre en compte dans le choix d’un appareil auditif :

  1. la configuration anatomique de l’oreille ;
  2. la forme de la courbe de la perte de l’audition ;
  3. les désirs personnels, notamment esthétiques ;
  4. les moyens financiers, même si les assurances sociales participent grandement ;
  5. les différentes technologies prothétiques disponibles.

Ces critères de choix doivent être passés en revue de manière rigoureuse en partie par le médecin et en partie par l’audioprothésiste, car une fois les essais effectués, impossible de revenir en arrière. Une collaboration étroite entre le médecin et l’audioprothésiste est ainsi nécessaire pour obtenir la meilleure adaptation possible.

Figure 1

Figure 1 : embout ouvert – embout fermé

Le premier critère à étudier est la configuration anatomique de l’oreille, notamment la région derrière l’oreille, la forme de la conque, l’entrée et la configuration du conduit auditif externe. Cet examen est important avant la prise d’une empreinte pour l’embout de l’appareil auditif. Il existe en effet différents modèles d’embouts, portant des noms souvent descriptifs. Les plus utilisés sont :

  • l’embout canule,
  • le porte-tube,
  • l’embout squelette,
  • le fond de conque,
  • l’embout pince de crabe.

De plus, l’embout peut être dit « fermé », c’est-à-dire qu’il bouche quasi complètement le conduit auditif externe ou « ouvert », c’est-à-dire qu’il l’obstrue que très partiellement (figure 1). Le système ouvert a surtout l’avantage de ne pas créer d’effet d’occlusion[x] ; il évite les résonances produites par les sons dans le conduit auditif externe quand celui-ci est obturé. En revanche, il risque d’augmenter l’effet Larsen, c’est-à-dire la réflexion des sons dans le conduit auditif externe. Finalement, on ne peut pas mettre « le plus petit appareil possible » dans un conduit auditif externe étroit ou dans une oreille malade.

Le deuxième critère de choix étudié est la forme de la courbe audiométrique tonale. Dans certaines situations, elle revêt une importance particulière. Neuf courbes classiques sont reconnues[xi] :

  1. courbe en pente descendante type presbyacousie (52,8%),
  2. courbe en cloche (14,3%),
  3. courbe en U (8,3%),
  4. courbe en plateau (6,5%),
  5. courbe inversée avec pente ascendante (6,0%),
  6. courbe de restes auditifs dans les basses fréquences (4,4%),
  7. courbe en pente de ski (4,2%),
  8. courbe irrégulière et accidentée (0,8%),
  9. absence de courbe, surdité totale unilatérale (2,7%).

Comme déjà dit, le système d’amplification ne sera pas le même pour une presbyacousie simple, une courbe en U ou une courbe en pente de ski. Par exemple, les appareils qui se mettent complètement dans l’oreille ne sont pas envisageables si la surdité est essentiellement dans les hautes fréquences (courbe en pente de ski) comme chez les chasseurs ou les autres personnes exposées régulièrement à des bruits. Il faut être parfaitement conscient qu’un appareil auditif sert à mieux entendre et non à cacher la surdité et que plus celle-ci est importante ou compliquée, plus elle nécessite un système d’amplification conséquent, donc « gros ».

Pour beaucoup de personnes, l’esthétique ou plutôt la discrétion est un élément prépondérant dans le choix d’un appareil auditif. Ce problème est souvent en relation avec l’acceptation ou non de la surdité. La question fondamentale qui se cache derrière ce problème est de savoir pourquoi on porte un appareil auditif : est-ce pour qu’on ne le voie pas ou pour mieux entendre ? C’est souvent un grand dilemme, mais il n’y a pas de honte à porter un appareil auditif.

Les moyens financiers propres jouent aussi un rôle prépondérant dans le choix d’un appareil auditif car les modèles les plus performants sont les plus chers.  Il vaut souvent la peine de faire un effort financier et de prendre un appareil haut de gamme et, surtout, appareiller les deux oreilles car cela apporte un gain auditif supérieur à l’appareillage d’une seule oreille. Le supplément oscille entre 500 et 2500 CHF par appareil. En Suisse et en cas de besoin ou de faibles revenus, la personne appareillée peut faire appel à différents organismes comme Pro-Infirmis et certaines assurances maladies complémentaires qui peuvent octroyer un subside individuel de cas en cas.

Comme il existe de grandes différences technologiques entre les appareils, il est tout aussi important de prendre la peine d’essayer au moins deux modèles pour pouvoir apprécier les différences possibles entre les plus de huit cents appareils existant sur le marché suisse. L’audioprothésiste dispose de programmes informatiques permettant d’effectuer un premier choix opportun et d’essayer directement les modèles qui correspondent le mieux à la demande et à la courbe audiométrique présentée. La recherche du système le plus adéquat se fait le plus souvent par comparaison. La personne appareillée doit ainsi jouer un rôle actif dans ce choix.


[i] Le médecin ORL doit être reconnu comme expert par l’OFAS. Il est ainsi mandaté par celle-ci pour effectuer le bilan “économique” d’octroi d’un appareil auditif. La plupart des ORL sont des experts reconnus mais pas tous comme le Professeur Mudry.

[x] On parle aussi d’autophonation.

[xi] Dodele L. Rapport concernant une étude statistique portant sur plus de 22 000 patients. Cahiers Audition 1993;6(4):30-41.

Dernière modification 27.08.2015

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