Implant auditif à ancrage osseux( version PDF Télécharger le PDF )

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Figure 3 : Baha : implant – boitier externe

C’est le deuxième type d’implants utilisé à large échelle dès les années 1990[i]. Modèle longtemps unique, il est actuellement commercialisé par la maison Cochlear sous l’appellation de Baha[ii]. Depuis 2011, la maison Oticon Medical développe un système quasi similaire appelé Ponto. L’implant auditif à ancrage osseux se compose de deux parties : une partie implantée en titane à travers la peau dite transcutanée, appelée familièrement “la vis” et un appareil auditif qui vient se clipper dessus pour le Baha (figure 3) ou se clipper autour pour le Ponto. En fait, “la vis” est constituée de deux parties distinctes et séparables : la vis proprement dite, appelée fixture, qui est placée dans l’os[iii] et le pilier qui est la partie fixée sur la vis et qui dépasse au niveau de la peau[iv]. L’appareil auditif est constitué d’un boîtier dont le but et de transformer le son capté par son microphone en vibration. Cette vibration est transmise à l’implant qui la transmet à son tour à l’os de la mastoïde. Ce type d’implant fonctionne par vibration de l’os de l’oreille qui va transmettre le son directement à l’oreille interne sans avoir besoin du tympan et des osselets. Il va donc être surtout indiqué dans les surdités de transmission où la chirurgie n’est pas[v] ou plus possible. Depuis peu, il est aussi indiqué dans la surdité totale unilatérale car il va envoyer le son de l’oreille sourde par vibration dans l’autre oreille et permettre une meilleure orientation des sons[vi]. Cette indication prend d’ailleurs de plus en plus d’importance[vii] avec

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Figure 5 : Baha : boîtier en place derrière l’oreille

l’augmentation de la prise de conscience que la surdité unilatérale peut être très handicapante dans la vie quotidienne. L’implant est posé derrière l’oreille, environ 2 cm derrière l’implantation des cheveux lors d’une intervention mineure. Différentes techniques chirurgicales existent ; les deux plus utilisées sont celle du “lambeau de peau” et de l’”incision linéaire” (figure 4), cette dernière remplaçant progressivement la première. Les résultats à long terme pour les deux techniques sont les mêmes mais à court terme, la technique par incision linéaire pose beaucoup moins de problèmes de cicatrisation[viii]. Cette incision linéaire se pratique en ambulatoire et en anesthésie locale pure. Avec les nouveaux implants en titane et couverture partielle en hydroxyapatite, la chirurgie dure environ 15 minutes. Elle consiste simplement en un incision jusqu’à l’os mastoïdien d’environ 2,5 cm de longueur et la pose de l’implant. Avec ce nouvel implant il n’est plus nécessaire d’enlever les tissus sous la peau autour de l’implant et de confectionner une petite dépression centrée sur l’implant pour faciliter les manipulations futures de l’appareil auditif. L’implant est normalement très bien toléré (figure 5). Il ne limite pas la baignade et ne

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Figure 4 : cicatrice linéaire d’implantation “vis”

gêne pas pour dormir. Etant donné que cet implant passe à travers la peau, il y a parfois des soins réguliers à effectuer pour éviter des petites infections[ix]. Avant de poser la “vis”, il est impératif d’effectuer des essais de conduction osseuse en appliquant l’appareil sur la mastoïde au moyen d’un serre-tête ou d’un bandeau souple pour apprécier le gain auditif apporté par ce type d’implant. Il est possible de comparer l’efficacité du système Baha et celle du Ponto, pour pouvoir choisir celui qui convient le mieux. C’est un grand avantage de pouvoir tester le système avant l’implantation, ce qui n’est pas le cas des autres implants auditifs. L’implant peut être posé normalement dès l’âge de cinq ans[x]. Avant cet âge, l’appareil peut être porté avec un bandeau élastique souple. Ce système est très facilement accepté par les enfants si le bénéfice auditif est bon. On peut même le porter avec un serre-dents, notamment pour les premiers essais. En Suisse, seuls certains centres hospitaliers universitaires ou non et quelques chirurgiens reconnus comme experts en implants auditifs à ancrage osseux par l’AI sont habilités à prescrire et poser ce genre d’implant.

Ce type d’implant est parfaitement compatible avec un examen radiologique de type résonance magnétique (IRM) jusqu’à 9,4 T[xi]. Depuis 2011, se développent de nouveaux modèles complètement implantés sans système transcutané (Sophono Alpha 1 de Collin Médical et Bonebridge de MED-EL), qui nécessitent un aimant interne pour maintenir l’appareil externe sur la mastoïde, ce qui, pour le moment, contre-indique l’IRM. Un autre système en cours de développement est le Soundbite de Sonitus Medical qui consiste à stimuler la conduction osseuse non pas par la mastoïde mais par les dents de la mâchoire supérieure à l’aide d’une petite prothèse amovible tenue sur deux dents et associée à un appareil rétro-auriculaire classique. Ce système est en cours de validation en Suisse.


[i] Le premier implant auditif à ancrage osseux a été posé en 1977 en Suède par Anders Tjellström. http://www.infobaha.fr

[ii] http://www.fr.cochlear.ch/

[iii] En fonction de l’épaisseur de l’os, il existe deux longueurs de fixture : 4 mm, la plus utilisée et 3 mm, surtout pour les enfants.

[iv] En fonction de l’épaisseur de la peau, il existe deux longueurs de pilier : 5, 5 mm, le plus utilisé et 8,5 mm.

[v] Dans les malformations de l’oreille externe et moyenne notamment. http://revue.medhyg.ch/article.php3?sid=22489

[vi] Le BAHA ne va donc pas permettre d’entendre par cette oreille complètement sourde. Mais il va permettre de savoir que le son vient du côté de cette oreille sourde.

[vii] La surdité totale unilatérale affecte approximativement 1500 personnes par an en Suisse.

[viii] Mudry A. Bone Anchored Hearing Aids (BAHA) : skin healing process for skin flap technique versus linear incision technique in the first three months after the implantation. Rev Laryngol Otol Rhinol 2010;13:281-284.

[ix] Il existe une brosse à dent à poils de soie spécialement conçue pour ces soins. Une crème antibiotique suffit le plus souvent à enrayer ces petites infections.

[x] L’os mastoïdien est généralement suffisamment épais pour pouvoir poser une vis de 3 mm.

[xi]Fritsch MH, Naumann IC, Mosier KM. BAHA devices and magnetic resonance imaging scanners. Otol Neurotol 2008;29:1095-99.

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