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La prise en charge des acouphènes est complexe. Ce n’est qu’après un bilan complet comprenant au minimum deux consultations, qu’une orientation thérapeutique doit être envisagée, avec trois directions principales : la thérapie comportementale cognitive (par exemple l’approche bio-psycho-sociale), la stimulation acoustique (comme la thérapie auditive d’habituation (TRT) ou le masquage/bruitage fréquentiel) et la neuromodulation par réinitialisation coordonnée (Desyncra® Neuromodulation CR). Relaxation, sophrologie, certaines médecines alternatives peuvent compléter ces traitements. Cette première orientation thérapeutique reste difficile et ce n’est souvent qu’après un premier traitement que celui-ci se confirme être le plus approprié. Les traitements peuvent aussi être associés. Si la cause est connue, il faut la traiter, mais ce n’est que rarement le cas. Dans les autres situations, il faut que le traitement envisagé n’occasionne pas plus de problèmes ou d’effets secondaires que l’abstention thérapeutique. De nombreux traitements ont été proposés et des nouveautés apparaissent régulièrement sur le marché.

Même s’ils sont souvent prescrits, les médicaments vasoconstricteurs n’ont aucun effet reconnu de même que les méthodes de stimulation externe que ce soit l’électrostimulation, les ultrasons ou le laser de basses fréquences. L’ostéopathie est parfois préconisée mais ses résultats sont le plus souvent décevants, sauf si une atteinte de l’articulation temporo-mandibulaire est mise en évidence. Le traitement est souvent long et les résultats ne se font sentir qu’au bout de plusieurs semaines. Les médecines dites énergétiques, comme l’acupuncture, ont aussi un certain succès à ce niveau. Dans les cas d’acouphène avec presbyacousie, l’amplification apportée par l’appareil auditif permet souvent d’atténuer la gêne provoquée par les acouphènes. La clé du traitement ou plutôt de l’acceptation de l’acouphène réside essentiellement dans le vécu du patient et dans la compréhension du mécanisme supposé être responsable de l’acouphène. L’acouphène peut parfois être considéré comme une « sonnette d’alarme » du corps pour nous montrer que quelque chose ne va pas très bien.

Depuis plus de 15 ans, des chercheurs du Juelich Research Center, autour de Peter Tass, ont réussi à démontrer une synchronisation neuronale anormale en cas d’acouphène et développer une méthode thérapeutique simple et non invasive, appelée Desyncra Neuromodulation CR®, visant à redésynchroniser ces neurones au moyen de stimuli sensoriels auditifs et ainsi diminuer les symptômes produits en réinitialisant de manière coordonnée la fonction de ces neurones. Cela conduit à un processus de désapprentissage de la synchronie neuronale et de la connectivité synaptique pathologiques, en d’autres termes à une réinitialisation coordonnée des stimuli auditifs. Le but final est donc de changer le comportement neuronal pathologique caché derrière l’acouphène. Pour pouvoir profiter de ce type de traitement, le patient doit avoir plus de 18 ans, présenter un acouphène subjectif chronique de plus de 3 mois au minimum, avec une fréquence stable et parfaitement identifiable (entre 400 Hz et 10’000 Hz) – la clé de la sélection de patients – et être susceptible de comprendre et gérer correctement l’application du traitement. Il doit aussi être capable d’entendre tous les sons utilisés pour la stimulation (importance du bilan audiométrique avant le traitement). La sélection correcte des patients est un des meilleurs gages de succès du traitement. Les contre-indications au traitement sont : l’amblyacousie (incapacité d’entendre les quatre sons utilisés pour la stimulation), les hallucinations auditives, les maladies symptomatiques de l’oreille, la maladie de Menière, les maladies du tronc cérébral, les maladies psychiatriques, les acouphènes objectifs ou provoqués par une pathologie de l’articulation temporo-mandibulaire. Ce type de traitement est accessible en Suisse, notamment à la Clinique de l’oreille de Lausanne (Prof. Albert Mudry) ou auprès de la HNO Praxis de Sarnen (Swisstinnitus, Prof. Markus Pfister). Pour le moment, le stimulateur Desyncra® n’est pas pris en charge par les caisses maladies en Suisse.

Le principe de Desyncra® est donc d’envoyer un stimulus sensoriel pour séquentiellement réinitialiser les phases des différentes sous-populations neuronales stimulées en les désynchronisant à nouveau. La stimulation de la réinitialisation coordonnée CR® a été développée sur la base de méthodes de physiques statistiques et de dynamiques non linéaires. Le but de l’application thérapeutique de la stimulation CR® est de parvenir indirectement à une désynchronisation. Et en conséquence de faire en sorte que la population neuronale affectée désapprenne une synchronie pathologique en passant d’un réseau initial synchronisé (i.e. pathologique) à un réseau instable (état de groupe) duquel il se relaxe de manière transitoire dans un état désynchronisé. La stimulation CR® stimule la population pathologiquement synchronisée à différents endroits à différents moments. Dans le cas d’une neuromodulation CR® acoustique (ex : lors d’acouphène), on utilise plusieurs sons de différentes fréquences. La voie auditive a une organisation tonotopique (projection sur le cortex) complexe et hiérarchisée.

Au travers de la neuromodulation CR® acoustique, une stimulation spatialement distincte est obtenue en utilisant l’organisation tonotopique du système auditif central, par exemple: le cortex auditif primaire : des sons de différentes fréquences (groupés autour de la fréquence de l’acouphène) induisent une réinitialisation dans différentes régions du cortex auditif organisé de manière tonotopique. En plus d’être distribuées distinctement spatialement les stimuli CR® sont appliqués de manière coordonnées dans le temps, i.e. distribués séquentiellement et également distribués dans des intervalles de temps spécifiques correspondant approximativement à la moyenne de la période de l’oscillation pathologique. La durée et la force de la stimulation dépendent de l’importance de la synchronisation pathologique de la population neuronale stimulée. Une désynchronisation induite par la stimulation résultera en un taux plus bas de décharge neuronale coïncidente, amenant à une diminution de la connectivité synaptique dans la population neuronale stimulée. Ainsi, sur une longue échelle de temps, les réseaux neuronaux passeront d’un état synchronisé (état pathologique d’attraction) avec une forte connectivité synaptique à un état désynchronisé (état physiologique d’attraction) avec une faible connectivité.

Les stimuli CR® sont confinés au foyer synchronisé de l’acouphène. Le but de la stimulation CR® consiste à contrer spécifiquement par désynchronisation un foyer synchronisé dans le cortex auditif organisé de manière tonotopique, localisé dans une région correspondant à la fréquence dominante de l’acouphène. Les signaux de stimulation (sons CR®) sont générés sur la base d’une formule spécifique reflétant l’organisation logarithmique tonotopique du cortex auditif et sur la fréquence déterminée de l’acouphène. Ce calcul aboutit à une séquence de 4 sons (cycle CR®). Deux sons sont placés en dessous de la fréquence de l’acouphène du patient et deux sons au dessus. Trois cycles CR®, chacun comprenant une séquence randomisée des quatre sons délivrés de façon équidistants sont suivis par deux cycles silencieux. Ce schéma est répété de façon périodique. Le signal de stimulation est doux et agréable à l’oreille car il est seulement légèrement plus élevé que le seuil auditif de l’acouphène du patient. Le dispositif est très léger et a la forme d’un Ipod. Il est connecté à une paire d’écouteurs spéciaux qui sont agréables à porter dans l’oreille. Le patient doit porter le neurostimulateur 4 à 6 heures par jour ou répartir ce timing en plusieurs sessions, mais pas plus courtes qu’une heure chacune, pour bénéficier de l’avantage des effets cumulatifs. La thérapie CR® peut modifier de manière significative la fréquence originale de l’acouphène. C’est la raison pour laquelle, les sons de stimulation doivent être régulièrement réajustés pendant le suivi, qui est normalement de 9 mois, réparti en 5 ou 6 consultations.

La neuromodulation acoustique CR® diminue la bande d’activité pathologiquement élevée des ondes delta, thêta et gamma à la fois dans le cortex auditif primaire et secondaire ainsi que dans les régions limbiques et frontales du cerveau. Elle augmente l’activité oscillatoire alpha dans les aires auditives et préfrontales. Ces changements sont en corrélation directe avec le degré de changements dans les symptômes de l’acouphène. Curieusement, après 12 semaines de thérapie CR®, presque toutes les interactions pathologiques dans le réseau de l’acouphène dans le cerveau sont parties. De plus, 12 semaines de thérapie CR® ont aussi provoqué une normalisation partielle du couplage de fréquence de croisement (i.e. : l’interaction entre les différents rythmes du cerveau) avec et entre les nœuds du réseau impliqué de l’acouphène dans le cerveau.

Le traitement CR® est facile et bien toléré pour les acouphènes tonaux chroniques bien mesurables. Pas d’effets secondaires durables ou graves ont été observés résultant directement du traitement avec le neurostimulateur CR®. Un ajustement incorrect peut conduire à des effets secondaires tels que maux de tête ou une augmentation transitoire des signes et symptômes de l’acouphène. Statistiquement et cliniquement, avec la thérapie CR®, on observe une réduction de l’intensité sonore de l’acouphène ainsi qu’une diminution de son désagrément et de la détresse qu’il provoque chez approximativement 75 % des patients après 9 mois de traitement. Cependant, les patients profitent de façon différente de la neuromodulation acoustique CR®. La calibration audiométrique des sons de la thérapie CR® repose sur une procédure de détermination de la fréquence de l’acouphène en étant conscient que cette procédure est connue pour avoir une exactitude et une fiabilité limitée. Le concept de la neuromodulation CR® comprend donc un coordination spatiale et temporelle d’un stimulus tonal choisi envoyé pour induire une désynchronisation aboutissant à un effet « anti-embrasement » ou « anti-synchronisation pathologique ».

Bibliographie et liens

Eggermont JJ, Tass PA. Maladaptative neural synchrony in tinnitus: origin and restoration. Front Neurol 2015;6(art 29):1-17
http://www.desyncra.com

Dernière modification 24.05.2016