Otoscopie( version PDF Télécharger le PDF )

L’otoscopie est la méthode qui permet d’examiner les différentes structures de l’oreille visibles avec ou sans instrumentation spécifique. Elle fait partie de l’exploration clinique systématique de l’appareil auriculaire. Cette exploration concerne autant les parties superficielles que les parties profondes, c’est-à-dire les régions facilement accessibles (pavillon, conduit auditif externe, tympan, mastoïde, etc.) et celles qui ne sont pas visibles sans instrumentation spécifique, notamment l’oreille interne. Cet examen systématique comporte différentes étapes :

  • l’examen du pavillon et de la région autour de l’oreille,
  • l’otoscopie,
  • l’acoumétrie[i] phonique et instrumentale,
  • la rhinoscopie postérieure si nécessaire voire un examen ORL complet,
  • éventuellement un examen des nerfs crâniens,
  • éventuellement un examen de l’organe de l’équilibre.
Figure 1

Figure 1 : otoscope

Pour simplifier[ii], le terme d’otoscopie est généralement utilisé pour désigner l’ensemble de l’examen visuel de l’oreille. L’otoscopie obéit à un protocole rigoureux et nécessite d’excellentes connaissances de l’anatomie normale de l’oreille et de ses variations. Trois instruments principaux permettent de pratiquer une otoscopie : l’otoscope, le microscope binoculaire avec un spéculum auriculaire et l’oto-endoscope. Chacun de ces instruments possède ses avantages et ses inconvénients. Ils sont choisis en fonction du but de l’examen et aussi de la spécialisation de l’examinateur.

L’otoscope est un petit instrument très maniable à lumière artificielle décentrée. Alimenté le plus souvent par une pile, il est muni d’un spéculum[iii] interchangeable et d’une loupe grossissante. La qualité de la lumière varie en fonction de l’ampoule utilisée. Les derniers modèles sont généralement équipés d’une lumière halogène délivrée de manière circonférentielle donnant un éclairage “plus nature” que la traditionnelle ampoule incandescente à reflets jaunâtres (figure 1). Grâce à sa taille, l’otoscope est toujours à portée de main et permet quelques manipulations simples, comme le nettoyage de cérumen à l’aide d’une petite curette. Il présente néanmoins certains inconvénients, notamment un faible grossissement et un angle de vue limité, ce qui nécessite un balayage du conduit auditif externe et du tympan pour obtenir une image complète. Par ailleurs, la profondeur de champ est souvent difficile à maîtriser à cause de la vision monoculaire.

Figure 2

Figure 2 : spéculum d'oreille en place

Pour un examen auriculaire de routine, le médecin spécialiste utilise de plus en plus souvent le microscope binoculaire. La qualité de sa lumière, associée à ses nombreuses possibilités de grossissement, en fait le meilleur moyen actuel pour l’otoscopie. Il requiert toujours l’emploi d’un spéculum[iv] dont le diamètre est choisi en fonction du calibre du conduit auditif externe (figure 2). Grâce au système de vision binoculaire, des manipulations très fines peuvent être effectuées. Néanmoins, le microscope est cher, très encombrant, et demande aussi un balayage de l’oreille pour une vision complète.

Le troisième instrument utilisé est l’endoscope rigide[v] conçu spécialement pour l’oreille et appelé oto-endoscope. Il s’agit d’un petit tube de calibre variable, le plus souvent de 4 mm de diamètre, que l’on introduit facilement dans le conduit auditif externe (figure 3). Son principal avantage est sa vision panoramique extrêmement utile lorsqu’on veut avoir une vue d’ensemble ou pour étayer les observations. De plus, il peut être couplé à un écran, ce qui permet au patient de voir dans son oreille. Malgré tout, il reste un instrument très coûteux, fragile et limité du point de vue de son grossissement. Il ne permet en outre pas d’effectuer des manipulations dans le conduit auditif externe.

Figure 3

Figure 3 : oto-endoscope avec écran

Quel que soit l’instrument utilisé, l’examinateur doit parfaitement maîtriser la technique de l’otoscopie qui comporte deux aspects : la manipulation elle-même et la systématique de l’examen. La manipulation se base sur quatre points principaux :

  • le maintien du pavillon,
  • la prise en main de l’instrument,
  • la manière de l’introduire dans le conduit auditif externe,
  • la manipulation de celui-ci pour effectuer un balayage complet du conduit auditif externe et du tympan.

Maintenir correctement le pavillon est primordial pour le bon déroulement de l’examen : cela va permettre de “rectifier” les deux angulations physiologiques vers le bas et vers l’avant du conduit auditif externe. A l’aide de sa main libre, l’examinateur va pincer le pavillon entre son pouce et ses quatre autre doigts placés dans le sillon rétro-auriculaire. Il va ensuite tirer le pavillon vers l’arrière et vers le haut. Réalisée de manière correcte, cette traction vers l’arrière et le haut est normalement indolore. L’otoscope doit être tenu comme un crayon. Cette position permet un mouvement de rotation facilitant son introduction dans le conduit auditif externe en assurant un meilleur glissement de l’instrument. Une fois dans le conduit auditif externe, il est nécessaire, surtout avec l’otoscope ou le spéculum utilisé conjointement au microscope binoculaire, de pratiquer un balayage du conduit auditif externe et du tympan pour obtenir une image complète. Ce geste, facile si l’instrument est maintenu correctement, doit être fait avec douceur. Mal effectué, il peut être douloureux, surtout si l’on est en contact avec la partie antérieure du conduit auditif externe dans sa partie profonde et osseuse. Lors de l’utilisation de l’oto-endoscope rigide, la technique est légèrement différente : la main tenant le pavillon servira aussi de guide pour maîtriser la profondeur d’utilisation et éviter des blessures avec l’extrémité distale de l’instrument.

La systématique de l’otoscopie doit être rigoureuse pour ne pas passer à côté d’observations importantes. L’otoscopie comporte trois parties :

  • l’examen du pavillon et de la conque,
  • l’examen du conduit auditif externe,
  • l’examen du tympan.

L’examen du pavillon, de la région rétro-auriculaire et de la conque s’effectue à la lumière et sans instrument, sauf parfois avec le microscope binoculaire. On va systématiquement rechercher une anomalie de configuration, de couleur et de texture. Cette étape doit faire partie de toute otoscopie, car elle permet aussi de choisir le bon calibre du spéculum à utiliser. C’est là que commence véritablement l’otoscopie par l’examen du conduit auditif externe. Cet examen doit notamment étudier sa direction, son calibre, son contenua name=”_ednref6″ href=”#_edn6″>[vi] et la qualité de ses parois. Finalement, le tympan sera observé. Il faut notamment s’intéresser à sa couleur, sa position, son intégrité (présence éventuelle d’une perforation), son aspect de surface (présence éventuelle de dépôts calcaires) et à sa mobilité. Une bonne otoscopie permet de se faire, dans plus de 90% des cas, une idée claire de la pathologie présentée par l’oreille ; c’est regarder, comprendre et interpréter ce que l’on voit. L’otoscopie est donc la clé d’une consultation otologique. Une fois l’otoscopie effectuée, d’autres examens sont souvent nécessaires, comme l’acoumétrie, l’audiométrie ou l’impédancemétrie. Parfois, des examens beaucoup plus sophistiqués comme les potentiels évoqués auditifs ou les oto-émissions acoustiques complètent le bilan.


[i] La définition de l’acoumétrie n’est pas très claire dans les dictionnaires. Le Petit Robert la définit comme “l’étude de l’acuité auditive, notamment par les techniques de l’audiométrie”. Le terme fut utilisé pour la première fois au début du XIXe siècle pour désigner la mesure de l’acuité auditive avec de petits instruments appelés acoumètres. Ces instruments ont été remplacés, dans la première partie du XXe siècle, par les audiomètres. Depuis cette période, la mesure de l’acuité auditive s’appelle audiométrie. Le terme d’acoumétrie n’est donc plus utilisé pour cette mesure, mais seulement pour le test de dépistage sans audiomètre, test appelé acoumétrie phonique, et pour le test d’orientation diagnostique effectué avec un diapason, appellé acoumétrie instrumentale.

[ii] Même si, sur un plan terminologique, cela n’est pas tout à fait correct.
[iii] Petit instrument conique permettant de repousser les parois de l’entrée du conduit auditif externe et d’y focaliser la lumière.
[iv]Le même spéculum est utilisé avec les otoscopes. Il n’est pas fixé sur un instrument mais tenu entre le pouce et l’index.
[v] L’otoendoscope permet de transporter la lumière dans des fibres optiques et de l’amener directement à l’extrémité de l’instrument.
[vi] Même si elle ne provoque pas un bouchon, il est souvent nécessaire de nettoyer la cire pour pouvoir examiner correctement une oreille.

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